Voyages dans les distributions et coup de coeur pour Fedora

Ce billet raconte ma petite histoire de voyages à travers quelques distributions Linux dans le but de trouver celle qui me convient le mieux. Je préviens que si vous êtes un peu en dehors de ce monde, vous risquez de fortement vous ennuyer ;)

L'ère Ubuntu et Arch

Ma première distribution a été Ubuntu comme beaucoup de monde. C'était il y a plus de 6 ans. Classique.
Ensuite, je me suis senti à l'étroit sur Ubuntu et j'ai voulu aller beaucoup plus loin et c'est là que je me suis mis à utiliser Arch. Là, j'ai totalement adoré le gestionnaire de paquet Pacman avec sa surcouche Yaourt. C'est tellement facile de chercher et d'installer un logiciel avec ça ! Avec Arch, je suis passé sous KDE. Au début parce que Gnome avait décidé de devenir une interface pour tablette tactile et que le seul choix alternatif et équivalent était KDE (et parce que je trouve XFCE moche et que je ne suis pas fan des interfaces minimales pour une utilisation de tous les jours). Puis je l'ai totalement adopté le KDE.

J'ai conservé Arch plus de 2 ans. Sur la fin je commençais à en avoir assez parce que même si c'était bien cool d'être sur cette distribution, ça demandait un temps non négligeable pour la maintenance et la configuration et la stabilité du système était de plus en plus désastreuse au fil du temps, sans parler des mises à jour qui avaient juste le don pour foutre la merde si vous n'aviez pas lu la doc sur le site.

Le coup de grâce a été l'été 2012 lors de changements majeurs dans Arch (notamment le passage à systemd) qui avaient cassé à moitié mon système. J'ai voulu réinstaller tout de 0, comme ça, ça faisait aussi le ménage et là, surprise : l'installation était devenue 100% en lignes de commandes. Quand on a un seul ordi, ce n'est pas très drôle, mais en plus ça avait fonctionné qu'à moitié. J'en ai eu marre et c'était donc le temps de changer.

L'ère Chakra

Seulement voilà, j'étais devenu fan de Pacman et de KDE. Je me suis tourné tout naturellement vers Chakra qui est une distribution qui fait parler de plus en plus d'elle. Très franchement, elle est très bonne et je vous la recommande vivement. Elle est en half-rolling ce qui est rare voir unique dans le monde des distributions Linux. En gros, ça consiste à mettre à jour très rapidement les logiciels non critiques (comme Firefox, Thunderbird, etc...) et d'être plus lent sur les mises à jour concernant le système ce qui garantie une meilleur stabilité que sur Arch tout en étant similaire, c'est presque parfait (en plus de pouvoir accéder à un dépôt communautaire similaire à AUR).

J'ai conservé cette distribution 8 mois et même si pendant ce temps elle a fortement progressé (surtout sur le dépôt "extra" et la disparition de l'affreux "bundle"), il y a des détails qui m'ont fait partir. Tout d'abord, il y avait un manquement dans le cycle de mise à jour de certains paquets. Cela se voyait, en particulier, sur le kernel qui n'avait pas reçu de mise à jour de sécurité pendant une période de plus de 2 mois (maintenant corrigé sur la dernière iso). Ensuite, la politique du pur Qt (car c'est une distribution qui se veut pure KDE) posait problème quand on voulait un logiciel qui utilise d'autres bibliothèques que même le dépôt communautaire, ccr, ne pouvait résoudre. Je rajoute aussi qu'il y avait un léger problème de performance sur cette distribution.

Petit passage par Mageia 3

J'ai donc voulu aller sur une autre distribution. Les conditions étant de bien intégrer KDE, d'avoir un gestionnaire de paquets sympa, une bonne doc et d'avoir une communauté active autour. J'ai vaguement testé Linux Mint mais c'était trop lié à Ubuntu et à apt et je n'aimais pas leur philosophie. J'ai aussi testé rapidement Manjaro qui est à ses débuts, que je conseil de garder à l’œil mais qui ne me correspondait pas. Puis venait de sortir Mageia 3, une distribution très attendue que j'ai souhaité tester.

Mageia utilise les RPM que j'ai toujours voulu éviter sans trop savoir pourquoi. J'ai peut-être été traumatisé quand j'avais affaire à eux en trafiquant du Linux sur ma vieille Xbox ou en ayant eu, une fois, la mauvaise idée d'installer CentOS en serveur. Quoiqu'il en soit, elle présente de gros avantages : elle se concentre sur KDE, populaire, bonne réputation et elle est très franco-française. Mais elle m'a vraiment déçu...

Une fois installée et sur le bureau, on sent la distribution sérieuse avec un gros potentiel mais en grattant un peu, j'ai eu des surprises. La première chose étant le choix de Firefox 17 (nous sommes à la 21) dites ESR qui est une version qui se veut très stable (qui a bogué comme pas possible pour Sync) et plutôt destiné aux entreprises ou dans l'éducation. Râlant un peu sur Twitter à ce sujet, on me répond qu'il ferait mieux que j'apprenne à lire car c'est la sacro-sainte version stable et que les utilisateurs veulent du stable. L'utilisateur final de Firefox que je suis souhaite la dernière version ne serait-ce que pour profiter des dernières améliorations, pas 1 an après, et de pouvoir utiliser les modules à jour et pas 4 versions en retard pour être compatible avec FF17.
Là, on voit sur Mageia App Db qu'il existe un paquet "firefox-beta" en version 21 sauf que... il n'apparaît pas dans mes dépôts. Incompréhension totale.

Après, je remarque que Vidalia est en version bêta, que Tor ne fonctionne pas, qu'il y a un paquet (et sûrement plusieurs) totalement pompé de chez Fedora (usb-imagewriter il me semble), les widgets météo ne fonctionnaient pas, etc...
J'avoue ne pas trop comprendre comment ils ont pu se décider à dire que c'était bon pour être la version finale. Je prends ça pour des problèmes de jeunesse pour une distribution qui vient de sortir dans sa troisième version et que ce sera certainement corrigé prochainement.
Mais ce qui m'a le plus rebuté à conserver cette distribution est la gestion des paquets. En console j'ai trouvé ça pas sympa ni intuitif à utiliser et en graphique c'était lourd et peu pratique.

C'est dommage parce que Mageia est vraiment une distribution qui m'attire par certains aspects mais elle me donne l'impression de ne pas s'adresser à moi mais plutôt à une entreprise. Ce qui est peut être voulu, aussi. Peut-être que j'y reviendrai plus tard voir comment elle évolue.

L'ère Fedora

Vu que j'étais dans les RPM, je me suis dit qu'il était peut-être temps d'essayer Fedora et là, surprise, j'ai directement accroché. Premièrement, j'avoue que j'aime beaucoup la philosophie affichée sur son site principale. Ensuite, je dois dire que le système tourne au poil, tellement bien que mon ordi chauffe à peine (40°C en moyenne voir moins en utilisation normale, ce qui est un record pour moi). Pourtant, j'utilise KDE, qui n'est pas connu pour être d'une légèreté exceptionnelle.
En fait, j'en suis presque au même niveau que Chakra mais un cran au-dessus et avec les 2-3 détails que je lui reprochais sont ici corrigés dans Fedora. C'est juste parfait et c'est vraiment un coup de cœur. Pour coller au plus près de Chakra, j'ai changé le thème par celui de Caledonia et remplacé Kmix par Veromix.
La communauté derrière Fedora est grande et très active, la doc très fournie et mention spéciale pour le site français, Fedora-Fr, qui m'a été très utile.

Le gestionnaire de paquets, YUM, n'est pas du même niveau qu'un Pacman mais il fait très bien son boulot. Sa version graphique, Apper, est très bonne lui aussi. Cependant, il y a une chose étonnante avec YUM c'est que de base, quand vous voulez supprimer un logiciel, il ne supprime pas toutes les dépendances liées qui deviennent inutiles. Ce n'est pas très grave, mais ce n'est vraiment pas propre.
On trouve la solution ici : Utilisation de YUM : Allons plus loin.

Pour avoir une petite configuration de base, je vous conseil de rajouter ça dans /etc/yum.conf, dans le [main] :

clean_requirements_on_remove = 1
color_list_available_install=green
color_list_installed_reinstall=blue

Ca désinstallera de façon plus propre les logiciels et ça vous rajoute des couleurs quand vous recherchez un paquet (installé ou pas installé).

Fedora est aussi très strict sur ses dépôts de base. Que du Libre et pas de logiciels qui ne respectent pas la législation américaine, ce qui est plus embêtant car, par exemple, vous ne pouvez pas installer VLC ou lire du MP3 avec les dépôts de base. Pour ça, j'ai rajouté les dépôts de chez RPM Fusion dont vous pouvez trouver les explications ici. Vous trouverez aussi des explications pour ajouter les dépôts pour Flash ou Steam, par exemple, dans la doc de Fedora-Fr.

Voilà, je pense avoir trouvé la distribution qui me convient. L'ère de Fedora débute. Peut-être que je changerai dans quelques mois à nouveau ou alors je peux l'adopter pour très longtemps. Un linuxien, ça voyage quand il a le choix, c'est ça qui est bien et que la multiplicité des distributions est une bonne chose. En tout cas, si en ce moment vous recherchez une distribution où vous poser, vous devriez essayer cette Fedora avec votre environnement de bureau préféré.

En plus, la future version de Fedora 19 a pour nom de code Schrödinger's Cat, plutôt cool comme nom, non ? :P