Prélude et Aube de Fondation d'Asimov

Je viens de terminer, enfin, le cycle de Fondation d'Asimov. J'ai suivi l'ordre de parution des ouvrages et je l'ai donc terminée par les deux derniers paru mais qui constituent les deux premiers de la saga. A savoir Prélude à Fondation et Aube de Fondation. Dans ce billet, j'ai envie de vous parler de ces deux ouvrages pour dire un peu ce que j'en pense et ainsi en discuter avec d'autres. Du coup, je tiens à en parler librement donc je considère que ceux qui me lisent les ont lu, sinon partez, je vais spoiler !

Tout d'abord, en prenant en compte les autres tomes du cycle, je dois dire que je ne suis pas un très grand fan de Fondation. A titre de comparaison, je préfère largement le cycle de Dune de Frank Herbert. Dans les précédents volume, je n'arrivais pas du tout à m'attacher aux personnes qui apparaissaient puis disparaissaient aussi vite et je n'ai jamais réussi à accrocher à l'univers qui m'a toujours semblé terriblement bancal car il a été créé a posteriori et ça se voit, beaucoup. Le pire a sans doute été la fin de Terre et Fondation qui se termine d'une façon tellement niaise que ça en devenait ridicule.

Prélude à Fondation

Dès le début du livre, on voit une amélioration d'Asimov dans l'écriture et la construction de son univers. Déjà, on se concentre sur un personnage, Hari Seldon, ainsi que sa compagne, Dors Venabili et le tout se place sur une planète, Trantor. Ces limitations sont bonnes, ça permet de ne pas partir dans tous les sens avec des avalanches de noms de personnages et de planètes en tout genre.

Ha, Hari Seldon, l'inventeur de la psychohistoire. Domaine scientifique qu'il invente, qui n'a rien à voir avec la psychologie et de l'histoire si on veut, pour permettre le rétablissement d'un Nouvel Empire en 1000 ans plutôt qu'en 30 000 ans suite à la chute de l'actuel Empire où se déroule l'histoire. Hari Seldon, le mec qui, dans les anciens tomes, apparait sous forme d'hologramme dans une grotte (que personne n'a eu l'idée de la démonter) pour dire qu'il y aura une Crise. Hari Seldon, le personnage que j'ai trouvé totalement naïf tout au long de l'aventure.

En gros, il arrive sur Trantor, la capitale de l'Empire, fait son discours sur la psychohistoire, l'Empereur s'y intéresse, il fait inviter Hari et ce dernier lui répond que ce qu'il fait, ça sert à rien, qu'on ne peut pas prédire l'avenir. Après ça il rentre chez lui et sur le chemin, il se fait agresser et quelqu'un lui vient en aide et c'est là qu'on rentre dans le n'importe quoi. Non vraiment, ce personnage, Chutter Hummin qui se dit être journaliste, arrive à convaincre Hari qu'il est en danger, que l'Empire est en danger et qu'il doit, maintenant, tout quitter, fuir et se cacher pour mettre au point sa psychohistoire et Hari, ho il proteste un peu au début mais sans plus, accepte et suit cet inconnu dans un délire paranoïaque qui n'a pas de sens et accepte la situation. Visiblement, Hari, sur sa planète natale, n'a pas de famille, pas d'amis, donc bon, suivons ce type rencontré dans la rue il à l'air sympa.

Bien sûr, on apprendra à la fin que ce Chutter Hummin n'est autre que Eto Demerzel, le Premier Ministre de l'Empire ainsi que l'un des derniers robots et que cette rencontre et cette manipulation de Hari étaient calculée. Mais très franchement... personne n'a réussi à reconnaître le Premier Ministre de tout un empire ?! En tout cas, bien que j'avais réussi à deviner que Demerzel pouvait être un robot, quand il s'est révélé être Hummin j'ai été bien surpris et ça enlevait tout un côté "débile" de Hari vu qu'il était manipulé par plus puissant que lui.

On voit aussi qu'Asimov à choisi un découpage géographique pour son œuvre qui suit toujours le même plan : il y a un problème, Hummin déplace Hari, Hari cause des problèmes, Hummin arrive et déplace Hari (il m'a paru comme étant un pur personnage joker au bout d'un moment).

Je saute directement à la partie sur Mycogène que j'ai trouvé franchement ennuyante. Tout ce délire sur les cheveux et les poils, non, vraiment... Clairement, les mycoginiens sont inspiré des mormons à la vue de leurs pratiques, de leur culture et ce refus irrationnel des technologies modernes. Dans cette partie, Asimov voulait montrer une société ayant des habitudes différentes pour interroger notre société, notre façon de penser, de voir celui qui est différent, le sexisme (avec un point de vue très intéressant de la part de Dors), etc. Je ne suis pas très fan de ce genre de pratique dans un roman sauf si c'est bien intégré dans le contexte et que ça n'empiète pas sur l'intrigue, mais là ça en devenait un peu lourd. Enfin, pas aussi lourdingue à en vomir que chez, au pif, Bernard Werber... Plus loin, il fera la même chose mais sur le thème de la lutte des classes dans le secteur de Dhal où là, j'ai trouvé ça mieux intégré.

Dans le secteur de Mycogène, Asimov va faire là quelque chose de très casse gueule. Il a voulu fusionner son cycle des Robots avec celui de Fondation et, pour moi, c'est une catastrophe. Vingt mille ans de colonisation, 25 millions (!!) de planètes colonisées,  des milliards de milliard d'êtres humains et... tous ont oublié ce qu'est un robot ? Personne n'a envie d'en faire ? Tout ce qui reste, c'est un tas de rouille chez un peuple de farfelus ?! Ca n'a strictement aucun sens ! En tout cas, avec moi, la sauce n'a pas du tout prise...
Le secteur de Dhal est le mieux réussi et où Dors Venabili se révèle être de plus en plus le personnage le plus intéressant. Mais par contre... le détournement de mineur qu'ils vont faire et qui va durer encore dans le prochain tome... ça ne dérange personne ? :|

Bref, on arrive à la fin où on découvre que toute cette aventure c'était juste du pipeau, que le gouvernement était derrière tout ça (alors qu'il le fuyait, bonjour la manipulation), pour que Hari se rende bien compte que l'Empire se casse la gueule et de la nécessité de s'atteler sérieusement à la psychohistoire qui pour lui, devient alors possible.
Du coup, je sais pas quoi dire... toute ce parcours de dingue, parcourant tout Trantor, risquant la mort à plusieurs reprises... juste pour en arriver là ? Tout ça c'est peut être juste pour démontrer que les robots ont des méthodes bien longues et bien cruelles pour convaincre un simple mortel de l'importance de quelque chose !

Aube de Fondation

Petite note aux traducteurs : je sais qu'en anglais on ne distingue pas le "Tu" du "Vous" mais, juste pour vous dire, un père et fils ainsi que deux personnes qui couchent ensemble depuis plus de 20 ans.... ça ne se vouvoient pas !

Dans cet ultime bouquin à Fondation d'Asimov on se retrouve avec un découpage par tranches de 10 ans du monde de Hari. Je ne trouve pas que ce soit une bonne idée parce j'ai eu un peu de mal à accrocher. Disons qu'on rentre dans l'histoire et du coup, hop, on se retrouve 10 ans plus tard, ça casse terriblement le rythme.

D'ailleurs, le rythme est sans doute le plus gros problème, au début ça va bien, l'histoire se déroule normalement et plus on avance plus on sent l'envie de l'auteur d'en finir, d'aller au plus vite. La fin est même carrément décevante et où j'ai l'impression qu'il avait une petite liste de choses à mettre dans l'histoire pour coller au cycle des livres qu'il a écrit précédemment et il balance ça de façon rapide voir brouillonne. Toute la seconde partie du bouquin est bizarre, en fait. Asimov ne s'efforce même plus de construire les personnages, pire, il les détruit en les faisant disparaître de l'histoire ou en les tuant carrément. L'exemple parfait est celui de la femme de Raych qui, alors qu'elle jouissait d'une bonne construction au début, devient muette, se voit envoyer au fin fond de l'espace et... meurt. Toujours sans un mot.

D'ailleurs, on n'en sait pas plus sur comment le projet Fondation a l'intention de rétablir un nouvel Empire en 1000 ans. Pas un mot sur les Crises, tout juste on apprend à la fin qu'il a enregistré les vidéos à ce sujet et ça j'aurai vraiment voulu en savoir plus. Rien du tout sur la Terre qui était pourtant un sujet central dans Prélude. Sans parler de la naissance de la Seconde Fondation : « ho tiens, les calculs disent qu'il faudrait une seconde Fondation, ho et puis ma petite fille a des pouvoirs magiques, bingo ! On va dire que ce sont des mentalistes ».

Un petit mot sur Dors. Par rapport à Prélude, elle est quasiment devenue une caricature. Asimov a affreusement accentué sa paranoïa pour la sécurité de Hari et, pire que tout, l'a transformé en une sorte de Terminator. Je veux bien qu'elle soit un robot, mais franchement, la façon dont elle est rentrée dans l'enclave de la junte militaire est ridicule... De plus, le complot qu'elle essaye de démasquer et qui dure des pages et des pages se finit de façon un peu... bof. Tuer la femme de Hari pour le rendre triste et ainsi choper sa place de Président du Projet, mouais mouais et la façon dont meurt Dors, on sent aussi que c'est pour se débarrasser du personnage.

Je ne suis pas contre que des personnages meurent dans une histoire mais là on dirait que l'auteur en avait marre, qu'il voulait se débarrasser de tout le monde et voilà, tout le monde est mort. Fin de l'histoire. Rideau !  C'est ça qui me dérange et ça aurait mérité au moins un bouquin de plus pour faire quelque chose de bien foutu mais, j'ai l'impression, tel le vieux Hari, qu'Asimov était lui-même sur sa fin...

Je ne dis pas que ces bouquins sont mauvais mais qu'ils sont légers sur pas mal de points et ça aurait franchement mérité mieux. Du nanar, en gros. Vous, qu'en pensez-vous ?